Venezuela: retour sur une journée d’affrontements entre deux camps
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Mardi 30 avril 2019, l’opposant vénézuélien Juan Guaido a créé la surprise en se présentant de bonne heure sur la base militaire de La Carlota, entouré d’un groupe de militaires et du prisonnier politique Leopoldo Lopez, fraichement libéré. S’en est suivi une journée tendue, avec des affrontements extrêmement violents entre manifestants de l’opposition et forces de l’ordre. Reportage.
Avec notre correspondant à Caracas, Benjamin Delille
Sur l’autoroute face à La Carlota, une base militaire située à Caracas, au Venezuela, les affrontements durent depuis des heures ce mardi 30 avril. Plus tôt dans la journée, Juan Guaido, le chef de file de l’opposition, a surpis tout le monde en se rendant sur place accompagné du prisonnier politique Leopoldo Lopez, tout juste libéré, et un groupe de militaires mutins.
Identifié par un brassard bleu, ces derniers soutiennent les manifestants pro-Guaido. Des tirs se font entendre. Elizabeth s’éloigne, les yeux rougis : « On essaie de s’approcher et ils tirent des gaz lacrymogènes, de la chevrotine. Un jeune homme vient de passer avec le dos criblé de chevrotine. »
Tout le quartier est en ébullition. Non loin de là, devant le ministère des Transports, des colectivos, paramilitaires proches du gouvernement, ont tenté de disperser la foule, sans succès selon Jorge. « Quand je suis arrivé, il y avait des colectivos qui affrontaient des policiers municipaux, raconte-t-il. Ils ont été repoussés à l’intérieur et ne sont toujours pas sortis. »
Des coups de feu se font entendre. La foule répond par des centaines de pierres jetées vers le ministère. Tout autour du quartier, la présence militaire se fait plus pressante, les charges se multiplient. Rafael, 50 ans, dénonce une « répression imbécile » : « Nous espérons qu’ils vont avoir une prise de conscience au bout d’un moment et qu’ils vont rejoindre la cause de la liberté, celle du sauvetage de la démocratie. »
Tous assurent vivre une journée historique, le début de la fin du gouvernement de Nicolas Maduro. Pourtant celui-ci semble bien décidé à rester, d’autant que le haut-commandement de l’armée lui a une nouvelle fois réitéré son soutien.
Un coup de poker de l’opposition, pour les pro-Maduro
Devant le palais présidentiel, ils sont quelques centaines à avoir répondu à l’appel du gouvernement. Enzo, 50 ans, assure que l’armée ne s’est pas retournée contre son président : « Ce ne sont que 100 militaires ! Et ils les ont abandonnés à La Carlota, tout seuls, ils se sont fait avoir… »
Tous ont été rassurés par les mots de Vladimir Padrino, ministre de la Défense, qui a réitéré son soutien et celui du haut commandement des forces armées à Nicolas Maduro. Pour Felipe, 31 ans, l’opposition a tenté un coup de poker : « Ce qu’ils cherchent, c’est un spectacle médiatique pour que le reste du monde pense que l’on traverse une période de chaos dans notre pays. Et de cette manière, ils espèrent une intervention internationale pour contrer notre révolution bolivarienne. »
Non loin de lui Gladys a foncé vers Miraflores dès qu’elle a entendu les mots « coup d’État ». Elle dit avoir l’impression de revivre celui de 2002, lorsqu’une foule impressionnante avait pris la rue pour exiger la libération du président Hugo Chavez. « Cela y ressemble beaucoup, mais il faut avouer qu’il existe un certain mécontentement au sein du peuple, admet-elle. Il n’y a pas autant de monde qu’à l’époque. C’est à cause de la guerre médiatique et économique qu’on nous livre…. »